Et si le prochain rover martien se déplaçait comme un lézard ?

Et si le prochain rover martien se déplaçait comme un lézard ?

Et si le prochain rover martien se déplaçait comme un lézard ?

Sur Mars, le sable a déjà eu la peau de plusieurs missions. Une équipe de chercheurs propose une parade aussi élégante qu'inattendue : copier un petit reptile qui nage dans les dunes du Sahara.

L'image a quelque chose de réjouissant. Imaginez un rover qui, au lieu de s'enliser bêtement dans un piège de poussière martienne, se met à onduler doucement et continue son chemin comme si de rien n'était. C'est, en substance, ce que des chercheurs viennent de démontrer en s'inspirant du scinque des sables, ou « poisson des sables », un petit lézard qui a fait du désert son aquarium personnel. Plutôt que de marcher à la surface, l'animal plonge dans le sable et se déplace dedans en ondulant tout son corps. La biomimétique, encore elle, vient peut-être de trouver une réponse à l'un des problèmes les plus humiliants de l'exploration spatiale : rester coincé.

Quand un lézard du Sahara inspire la NASA

Le scinque des sables n'a rien d'un athlète impressionnant à première vue. Quelques centimètres de long, une démarche maladroite sur le tapis du salon. Mais dès qu'il touche du sable, il devient un nageur hors pair : il se faufile sous la surface à une vitesse étonnante grâce à un mouvement latéral qui lui permet de « fluidifier » le grain autour de lui. Le sable cesse alors de se comporter comme un solide pour adopter, localement, des propriétés proches d'un fluide. C'est exactement ce phénomène que les ingénieurs ont cherché à reproduire, non pas sur tout un corps de robot, mais sur ses roues.

Le prototype développé abandonne donc la roue ronde traditionnelle au profit d'un dispositif articulé capable d'onduler. Concrètement, la roue ne se contente pas de tourner : elle se tord, elle ondule, elle « pagaie » dans la matière granuleuse. Résultat, sur un terrain où un rover classique se met à patiner et à creuser sa propre tombe, le modèle expérimental continue d'avancer. Les tests publiés montrent un gain de traction significatif sur sols meubles, là où la mécanique conventionnelle atteint vite ses limites. La logique est simple : au lieu de lutter contre le comportement fluide du sable, on l'épouse.

Mars, ce cimetière de roues

Si le sujet paraît anecdotique, il ne l'est pas. La conquête martienne traîne derrière elle quelques fantômes encombrants. Spirit, le rover de la NASA, s'est embourbé en 2009 dans une zone de sol mou baptisée Troy, et il n'en est jamais ressorti. Il a fini sa carrière en station scientifique fixe, ce qui est élégant sur le papier mais nettement moins quand on a investi des centaines de millions de dollars dans un véhicule censé rouler. Opportunity avait aussi connu, des années plus tôt, plusieurs semaines de manœuvres délicates pour s'extraire d'une dune surnommée Purgatory. Et plus récemment, l'atterrisseur InSight a vu sa fameuse « taupe » thermique abandonner la partie, vaincue par un régolithe trop poudreux pour offrir la friction nécessaire.

Le sable martien est sournois. Faible gravité, grains très fins, absence d'humidité : il se comporte autrement que nos dunes terrestres. Difficile à modéliser, encore plus difficile à anticiper depuis une salle de contrôle située à plusieurs minutes-lumière. D'où l'intérêt d'une mécanique qui ne se contente pas de subir le terrain mais qui sait le « lire » par son mouvement même. Des roues ondulantes pourraient permettre aux futurs rovers de s'aventurer dans des zones aujourd'hui considérées comme infranchissables — précisément celles, soit dit en passant, qui intéressent le plus les géologues. Parce que là où le sable s'accumule, il y a souvent des choses à raconter sur l'histoire de la planète.

Reste à voir si cette idée passera l'épreuve de la qualification spatiale, qui a la fâcheuse habitude de transformer les prototypes les plus séduisants en notes de bas de page. Une roue ondulante, c'est plus de pièces mobiles, donc plus de points de défaillance, et un environnement martien qui ne pardonne rien : poussière abrasive, écarts thermiques de plus de cent degrés, absence totale de garagiste à proximité. Mais l'approche a au moins le mérite de rappeler une évidence souvent oubliée : la nature a quatre milliards d'années d'avance en R&D, et il serait dommage de ne pas jeter un œil à ses brevets.

Et vous, quel autre animal mériterait qu'on lui pique ses idées pour explorer l'espace ?


Source : https://newatlas.com/robotics/mars-rover-lizard-inspired-wheels-swim-sand/

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