Unitree flambe de 460% en Bourse : miracle robotique ou tour de passe-passe ?

Le fabricant chinois de robots humanoïdes Unitree a bondi de 460% lors de son premier jour de cotation à Shanghai, atteignant une valorisation d'environ 50 milliards de dollars. Un triomphe national… assombri par une enquête du Financial Times qui décrit un circuit d'achats étrangement circulai

Unitree flambe de 460% en Bourse : miracle robotique ou tour de passe-passe ?

Unitree flambe de 460% en Bourse : miracle robotique ou tour de passe-passe ?

Le fabricant chinois de robots humanoïdes Unitree a bondi de 460% lors de son premier jour de cotation à Shanghai, atteignant une valorisation d'environ 50 milliards de dollars. Un triomphe national… assombri par une enquête du Financial Times qui décrit un circuit d'achats étrangement circulaire.

Il y a des IPO qui font sourire, et d'autres qui font froncer les sourcils. Celle d'Unitree coche les deux cases. Le champion chinois du robot quadrupède et humanoïde, connu du grand public pour ses vidéos virales de machines qui dansent, marchent en montagne ou encaissent des coups de pied sans broncher, vient de réaliser une entrée fracassante sur la place shanghaïenne. Multiplier son cours par plus de cinq en une seule séance, ce n'est plus une envolée, c'est un décollage type SpaceX. Sauf que sous la fumée, la mécanique intrigue.

D'où vient vraiment la demande pour les robots Unitree ?

C'est la question que pose le Financial Times dans une enquête aussi polie que dérangeante. Selon le quotidien britannique, une part significative des clients d'Unitree ne sont pas des industriels, des laboratoires privés ou des consommateurs enthousiastes prêts à claquer plusieurs dizaines de milliers d'euros pour un G1 dans leur salon. Ce sont des centres publics de formation à l'IA, soutenus financièrement par l'État chinois dans le cadre de sa politique volontariste sur la robotique incarnée.

Jusqu'ici, rien de scandaleux : Pékin veut structurer une filière stratégique, il achète du matériel national. Le problème surgit quand on regarde ce que font ces centres. Ils utilisent les robots pour générer des données d'entraînement — mouvements, préhension, navigation, interactions — puis revendent ces jeux de données… au fabricant lui-même. Autrement dit, l'argent public sert à acheter des robots, dont l'usage principal est de fabriquer un carburant que le fabricant rachète ensuite pour améliorer ses propres modèles. Le cash fait un tour complet et revient à la case départ, en laissant au passage des lignes de chiffre d'affaires bien nettes dans le bilan.

En anglais, on appelle ça du circular financing. En français, on pourrait dire : se vendre des baguettes à soi-même en encaissant la TVA au passage.

Un parfum de déjà-vu côté Nvidia ?

Le parallèle avec les États-Unis n'a rien d'anodin. Depuis quelques mois, plusieurs analystes s'inquiètent des flux financiers qui tournent en boucle dans l'écosystème IA américain. Nvidia investit dans CoreWeave, qui achète des puces Nvidia. OpenAI signe des méga-contrats avec Oracle, qui commande à Nvidia. Anthropic loue chez Amazon, qui investit dans Anthropic. Chaque acteur pris isolément tient debout, mais l'ensemble ressemble parfois à un jeu de chaises musicales très, très bien financé.

Ce que le FT décrit chez Unitree relève d'une variante à la sauce chinoise : au lieu de flux privés entre géants du cloud, on a des flux publics entre agences d'État et champion national. Le résultat comptable, lui, est comparable — une demande qui semble massive tant qu'on ne regarde pas d'où elle vient.

Cela ne veut pas dire qu'Unitree est une coquille vide. L'entreprise fondée par Wang Xingxing est techniquement solide, avec des produits qui n'ont pas grand-chose à envier à ceux de Boston Dynamics, souvent à un dixième du prix. Ses quadrupèdes équipent déjà des chercheurs partout dans le monde, et son humanoïde G1 est l'un des rares à être réellement disponible à la vente sous les 20 000 dollars. Le savoir-faire industriel existe. La question, c'est de savoir si la valorisation de 50 milliards reflète ce savoir-faire ou l'enthousiasme d'un marché dopé aux commandes publiques.

Vraie révolution ou château de cartes ?

La robotique humanoïde traverse une phase que les investisseurs adorent et que les économistes redoutent : celle où tout le monde promet la même chose (des robots dans les usines dès 2026, à la maison dès 2028) sans que personne ne puisse vraiment prouver que le marché final existe à cette échelle. Dans ce contexte, gonfler la demande par des achats publics fléchés est une stratégie industrielle défendable — la Chine l'a fait pour le solaire, les batteries, les véhicules électriques, avec les résultats qu'on connaît. Mais c'est aussi une stratégie qui, si elle tourne en rond trop longtemps, finit par produire des valorisations déconnectées des revenus réellement récurrents.

Unitree est probablement une vraie belle boîte. Sa valorisation, elle, mérite qu'on garde un œil dessus. Entre le triomphe industriel et le mirage financier, la frontière tient souvent à un seul chiffre : la part des clients qui paient avec leur propre argent.

Et vous, vous pariez sur Unitree dans cinq ans : leader mondial des humanoïdes ou cas d'école dans les manuels de finance ?


Source : https://the-decoder.com/china-now-has-its-own-ai-circular-financing-scheme/

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